Histoire streetwear : Willi Smith, inventeur du mouvement ?

1976, New York. Willi Smith débarque avec Williwear, une griffe qui ne s’encombre pas des conventions. Plus de 25 millions de pièces écoulées en moins de dix ans. Là où la plupart des créateurs s’enferment dans l’entre-soi, Smith impose des vêtements faits pour vivre, pensés pour tous, sans distinction. Praticité, accessibilité, fluidité entre les genres : il place la mode au cœur du quotidien, à rebours du luxe réservé à une élite.

Sa méthode ? L’ouverture tous azimuts. Smith invite peintres, vidéastes, graffeurs et chorégraphes à dialoguer autour du vêtement. Résultat : les collections Williwear s’affranchissent des podiums pour s’inventer dans la rue. La mode ne s’expose plus, elle circule, s’adapte, se mêle à la vie, portée par un souffle collectif qui bouscule les certitudes du secteur.

Quand le street heritage prend racine : origines et influences d’un style à part

La naissance du streetwear se joue à la croisée de deux villes, deux dynamiques : New York et Los Angeles. Des trottoirs de Harlem aux skateparks de Venice Beach, une jeunesse s’empare des vêtements de sport, détourne les uniformes, invente sa propre grammaire stylistique. Tout part de la rue, pas des salons. Les ados y créent un langage vestimentaire neuf, nourri par le skate et l’énergie brute du hip-hop.

La pop culture amplifie le phénomène. À New York, Run-DMC hisse la sneaker Adidas au rang de symbole. Public Enemy, NWA, Wu-Tang Clan : chaque groupe fusionne musique, engagement et look. À Los Angeles, le skate impose des coupes larges, décontractées ; le baggy se répand, propulsé par les rappeurs et les créateurs comme Marithé + François Girbaud.

Puis viennent les marques qui captent cette énergie : Stussy, Supreme, A Bathing Ape (BAPE) fondée par Nigo, Off-White, Fear of God, Palace. Leur point commun ? Elles puisent dans la rue, s’inspirent de l’art, de la contestation, de l’énergie urbaine. L’apport du Japon, via Comme des Garçons ou BAPE, ajoute de nouvelles nuances à cette palette. Au final, le streetwear devient un héritage vivant, une manière de s’affirmer, un code qui traverse les frontières et le temps.

Willi Smith, figure méconnue ou véritable inventeur du streetwear ?

Longtemps resté dans l’ombre, Willi Smith incarne pourtant une pièce maîtresse de la mosaïque streetwear. Sa trajectoire révèle une autre histoire possible, faite de croisements, d’audace, de mélange des genres. Dès la création de WilliWear en 1976, épaulé par Laurie Mallet, il casse les codes : des collections accessibles, urbaines, qui génèrent jusqu’à 25 millions de dollars annuels, tout en restant proches des réalités d’une jeunesse diverse.

Smith, afro-américain, refuse les frontières entre disciplines. Il invite Nam June Paik, Keith Haring, Barbara Kruger, Christo et Jeanne-Claude à collaborer. Expositions, films expérimentaux, costumes de scène, tenues pour le cinéma (notamment avec Spike Lee), journal artistique : Smith construit une œuvre qui dialogue avec l’art et le quotidien. Son diplôme de la Parsons School of Design ne l’empêche pas d’inventer une mode urbaine, portée par la liberté et l’ouverture, bien avant que ces valeurs ne deviennent tendance.

Son influence dépasse la sphère mode : il habille des installations, imagine des costumes pour la danse contemporaine, crée pour tous, sans distinction d’âge, de genre ou de statut social. La reconnaissance institutionnelle arrive tard, avec une exposition au Cooper Hewitt Smithsonian Design Museum, mais rappelle l’ampleur de son apport.

Trois éléments clés résument l’impact de Smith :

  • WilliWear : marque pionnière, première à réunir art, mode et rue
  • Accessibilité et inclusivité : fondements de sa démarche
  • Source d’inspiration pour les têtes d’affiche du streetwear contemporain

Des valeurs fortes : ce que le street heritage dit de notre rapport à la mode

Le street heritage ne se contente pas d’inspirer les podiums. Il révèle notre manière d’habiter nos vêtements, de les transformer en manifeste collectif. Ce mouvement s’ancre dans une mosaïque d’influences : workwear, military, sportswear, pop culture. Le vestiaire masculin s’émancipe du classique costume ou jean brut, s’ouvre aux jeux de genres, à la déconstruction des conventions d’autrefois.

Des créateurs comme Virgil Abloh (Off-White, Louis Vuitton), Jerry Lorenzo (Fear of God), Pharrell Williams (Billionaire Boys Club) redéfinissent la notion de collection. Ils multiplient les collaborations, effacent la frontière entre luxe et rue. Le streetwear s’invite chez LVMH, Balenciaga, Givenchy, obtenant une reconnaissance longtemps refusée.

Le mouvement gagne en force grâce à une inclusivité nouvelle. Silhouettes oversized, superpositions, clins d’œil à la culture hip-hop ou skate : un langage universel s’impose, fluide et ouvert. Les collections jouent avec les volumes, les genres ; les femmes s’emparent de ces codes, les reconfigurent à leur manière. Le vestiaire masculin, lui, devient perméable, sans limites.

Voici ce qui structure cette dynamique :

  • Style de vie : le vêtement comme prise de position
  • Héritage : transmission, réinvention, mémoire commune
  • Collaboration : entre artistes, créateurs, marques

La force du street heritage, c’est sa capacité à rassembler autour de valeurs partagées : authenticité, liberté, ouverture. Le vêtement devient support de dialogue, marqueur d’une époque mouvante où la mode se vit collectivement et s’invente au jour le jour.

Femme noire assise dans un loft avec combinaison vintage

Explorer la philosophie street heritage au-delà des vêtements

La philosophie street heritage s’étend bien au-delà du dressing. C’est une façon de s’approprier la ville, de dialoguer avec la culture populaire, de faire résonner l’art et la vie. De Brooklyn à Paris, de Washington à Tokyo, cette énergie traverse les frontières, irrigue la musique, le cinéma, la scène artistique.

La rue fait office d’atelier. Que ce soit à travers l’esthétique de Do the Right Thing de Spike Lee, le style coloré de The Fresh Prince of Bel-Air incarné par Will Smith, ou le réalisme de La Haine de Mathieu Kassovitz, tout converge vers la création d’une mémoire partagée. Les costumes de Ruth E. Carter pour School Daze ou Black Panther témoignent de la puissance de cette hybridation entre identité, héritage et modernité.

Les plateformes comme Instagram et TikTok accélèrent cette diffusion : vintage et layering oversize se rencontrent, les genres s’entremêlent. En France, la scène s’active avec Orelsan (Avenir), Booba (Unküt), ou encore le collectif blkmktvintage à New York.

Créer, c’est assembler, détourner, hybrider. L’héritage de Willi Smith irrigue encore le streetwear : expositions, collaborations, performances, tout concourt à dépasser la simple question du vêtement pour interroger la société, les normes, la mémoire urbaine. Le street heritage n’a pas fini de faire bouger les lignes. Qui saura capter la prochaine vague ?