Trois heures d’avion et vos jambes n’ont plus le mĂŞme tour de mollet. Ce n’est pas une vue de l’esprit : la circulation veineuse en prend un coup dès que la cabine se verrouille et que l’on reste clouĂ© au siège.
Les spĂ©cialistes sont formels : nul besoin de prĂ©senter une pathologie ou d’ĂŞtre « Ă risque » pour expĂ©rimenter ces dĂ©sagrĂ©ments. Le gonflement, la raideur ou l’impression de jambes en bĂ©ton frappent aussi bien les sportifs en pleine forme que ceux qui cumulent les facteurs aggravants.
Pourquoi a-t-on tendance Ă gonfler quand on prend l’avion ?
Un vol ne ressemble Ă aucun autre environnement, et le corps doit composer avec plusieurs contraintes. Dès que l’appareil prend de l’altitude, la pression atmosphĂ©rique chute fortement. MĂŞme si la cabine reste pressurisĂ©e, cette pression demeure plus faible qu’au niveau de la mer. RĂ©sultat : le corps rĂ©agit par une rĂ©tention d’eau modĂ©rĂ©e. Les vaisseaux s’Ă©largissent, les tissus, surtout ceux des jambes et des pieds, se gorgent de liquide.
Ce phĂ©nomène s’intensifie avec l’immobilisation. Assis sur un espace restreint, genoux pliĂ©s, la circulation sanguine dĂ©cĂ©lère dans les membres infĂ©rieurs. Les veines, dĂ©jĂ mises Ă mal par la gravitĂ©, peinent Ă remonter le sang. On ressent alors de la lourdeur, parfois un gonflement franc, voire un Ĺ“dème sur les plus longs trajets.
Dernier Ă©lĂ©ment : la dĂ©shydratation. L’air sec de la cabine fait perdre de l’eau Ă l’organisme. Tissus moins hydratĂ©s, sodium qui s’accumule, eau qui stagne : le gonflement s’accentue et les ballonnements s’invitent souvent Ă la fĂŞte. Il suffit de regarder ses chevilles ou d’enfiler ses chaussures Ă l’atterrissage pour constater l’effet sur le corps.
Pour rĂ©sumer, plusieurs facteurs s’additionnent et expliquent ce phĂ©nomène :
- Pression atmosphĂ©rique rĂ©duite : le liquide s’Ă©chappe plus facilement vers les tissus.
- Immobilisation : le retour du sang vers le cœur ralentit, ce qui favorise la stagnation dans les jambes.
- DĂ©shydratation : la perte d’eau accentue la rĂ©tention et l’inconfort digestif.
Circulation veineuse et avion : ce qui se passe vraiment dans notre corps
Dans la carlingue d’un avion, la circulation sanguine se met en mode ralenti. Sous l’effet conjuguĂ© de l’altitude et de l’immobilitĂ©, le sang s’accumule dans les veines des jambes et des pieds. La fameuse stase veineuse s’installe : les valvules, censĂ©es pousser le sang vers le haut, peinent Ă faire leur travail quand le passager reste assis trop longtemps. Lourdeur, gonflement des chevilles, fourmillements : le corps parle, et il vaut mieux l’Ă©couter.
Mais l’enjeu dĂ©passe le simple inconfort. Si la compression veineuse se prolonge, elle peut aboutir Ă la formation de petits caillots, surtout lors d’un vol long-courrier. Les mĂ©decins ont mĂŞme un nom pour ça : le « syndrome de la classe Ă©conomique ». En cause, la combinaison d’un espace restreint et d’une immobilitĂ© de plusieurs heures.
Un autre effet, plus discret, se manifeste : la flore intestinale Ă©volue en cabine. L’environnement confinĂ©, couplĂ© au manque de mouvement, modifie le microbiome. RĂ©sultat : troubles digestifs et ballonnements peuvent s’inviter après l’atterrissage.
Enfin, le rayonnement cosmique fait parfois dĂ©bat. MĂŞme si la dose reçue reste modĂ©rĂ©e, elle s’ajoute Ă la liste des contraintes physiologiques subies par l’organisme. Les mĂ©decins surveillent tout particulièrement les passagers ayant dĂ©jĂ connu une thrombose ou prĂ©sentant une insuffisance veineuse, car ces risques sont loin d’ĂŞtre anodins.
Quels sont les vrais risques pour la santĂ©, et quand faut-il s’inquiĂ©ter ?
La thrombose veineuse reste le spectre qui plane sur les vols longs. Ce phĂ©nomène silencieux correspond Ă la formation d’un caillot dans une veine profonde, le plus souvent dans une jambe. Si ce caillot se dĂ©tache, il peut migrer jusque dans les poumons : c’est l’embolie pulmonaire, rare mais sĂ©rieuse, surtout lors des longs trajets.
Certains profils sont plus exposĂ©s que d’autres, et il ne s’agit pas uniquement d’âge ou de condition physique. Voici les cas oĂą la vigilance doit ĂŞtre accrue :
- Antécédents de phlébite ou de thrombose
- Chirurgie ou immobilisation récente
- Insuffisance veineuse, varices marquĂ©es, prise d’un traitement hormonal ou anticoagulant
- Âge avancé, mobilité réduite
Un gonflement soudain, accompagnĂ© de douleur, de rougeur ou de chaleur localisĂ©e dans un mollet, requiert une consultation sans dĂ©lai. Il ne s’agit plus d’un simple dĂ©sagrĂ©ment liĂ© au voyage, mais d’un signal d’alerte Ă prendre très au sĂ©rieux.
Quand s’alarmer ?
Certains signes doivent inciter Ă consulter rapidement :
- Gonflement soudain et asymĂ©trique d’une jambe
- Douleur inhabituelle, rougeur ou chaleur localisée
- Essoufflement ou douleur thoracique après le vol
La thrombose veineuse profonde reste rare, mais elle nĂ©cessite une attention particulière. Les personnes sous anticoagulants ou souffrant de pathologies veineuses reçoivent toujours des instructions prĂ©cises avant le dĂ©part. Les autoritĂ©s sanitaires rappellent que la combinaison de plusieurs facteurs augmente la probabilitĂ© de formation d’un caillot sanguin.
Des gestes simples pour voyager l’esprit tranquille et garder des jambes lĂ©gères
Limiter le gonflement lors d’un voyage en avion repose sur des gestes accessibles Ă tous. L’environnement en cabine ralentit la circulation sanguine et favorise la stase veineuse, mais quelques rĂ©flexes suffisent Ă contrer l’effet « jambes lourdes ».
Première règle : bougez vos jambes rĂ©gulièrement. RĂ©alisez des flexions et extensions des chevilles, mĂŞme assis. Dès que possible, levez-vous, marchez dans l’allĂ©e, quitte Ă faire quelques pas pendant le vol. Ces mouvements brisent l’immobilitĂ© et relancent la circulation.
L’hydratation doit rester une prioritĂ©. PrivilĂ©giez l’eau, limitez l’alcool et les boissons sucrĂ©es. Un organisme bien hydratĂ© limite la rĂ©tention et favorise un meilleur retour veineux.
Le port de bas de contention peut transformer l’expĂ©rience du vol. En comprimant progressivement la jambe, ils rĂ©duisent la stagnation sanguine et diminuent le risque de complications. Ă€ condition de choisir la bonne taille et de les enfiler dès le matin de votre dĂ©part.
Pensez aussi Ă soutenir votre dos et votre nuque avec un coussin adaptĂ©. Une posture correcte facilite la circulation et rĂ©duit la fatigue Ă l’arrivĂ©e. Prendre ces habitudes, c’est s’assurer d’atterrir avec des jambes prĂŞtes Ă arpenter le tarmac, sans traĂ®ner la lourdeur du vol derrière soi.


